Le MondeEntretien11 octobre 2026
Entretien au « Monde »
Propos recueillis par Virginie Larousse
Trois ans après le 7 octobre, Le Monde consacre un long entretien à Delphine Horvilleur autour de « Sermons sous les décombres » : l’effondrement des mots, la relecture critique de ses propres sermons, ce en quoi elle croit encore. Nous en reprenons ici quatre passages. L’entretien intégral se lit sur le site du journal.
Question
Pourquoi avoir nommé « sermons » les discours que vous avez prononcés à la synagogue parisienne de Beaugrenelle ?
Le choix du titre de ce livre a été un vrai dilemme. Au départ, je voulais l’appeler « Angle mort », car j’entendais y explorer mes propres angles morts et ceux du monde qui nous entoure. […] De fait, un rabbin n’est jamais censé sermonner ses fidèles ; son rôle consiste à proposer un voyage dans le texte, afin de faire dialoguer ce dernier avec les temps que nous traversons.
Question
Nous sommes entrés, dites-vous, dans une « ère d’indicibilité ». Comment y faire face ?
Accepter de converser, c’est prendre le risque de changer d’avis ou de point de vue. C’est d’ailleurs l’étymologie commune entre les mots « conversation » et « conversion ».
Question
En quoi croyez-vous encore ?
Je crois à la poésie. […] En ce moment, je lis beaucoup de poésie israélienne et palestinienne. Je constate que, bien souvent, leurs auteurs, qui n’ont aucune possibilité de se parler dans la vraie vie, dialoguent étonnamment dans leurs textes.
Question
Quelle place Dieu a-t-il dans votre vie ?
Après la Shoah, une question a émergé : où était Dieu pendant la catastrophe ? La réponse juive la plus traditionnelle et la plus puissante a consisté à renverser la question et à demander : où était l’homme pendant la catastrophe ? […] Voilà pourquoi, sans doute, même si Dieu en est absent, « Sermons sous les décombres » est le livre le plus religieux que j’aie écrit.