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Les Controverses de DescartesConférence19 mars 2019

Peut-on concilier laïcité et spiritualité à l’école ?

22 min

Vingt-deux minutes en Sorbonne, en 2018, pour joindre deux mots que tout semble opposer. Delphine Horvilleur part du Talmud comme livre de controverses, définit la spiritualité par son étymologie (du vent, un souffle) et propose de la laïcité une lecture inattendue : non pas un vide de religion, mais la garantie qu’aucune conviction ne saturera jamais tout l’espace.

Extraits

« D’ailleurs, en français, vous l’entendez très bien : tomber d’accord, paf, ça implique une chute. Tomber d’accord, c’est une chute. Et parvenir à maintenir un débat sans à tout prix chercher un consensus, c’est la clé d’une certaine élévation que peut-être le débat de société actuel ne permet pas de trouver. »

Le Talmud, « un livre de controverses »

« Le Talmud affirme que la controverse est nécessaire, que la controverse est valide, mais qu’en sort vainqueur uniquement celui qui, avec humilité, sait écouter l’argument de l’autre, l’entendre au point de pouvoir le défendre avant même d’énoncer le sien. »

La querelle des écoles de Hillel et Chammaï

« Lorsqu’on me demande de définir ce qu’est la spiritualité et ce que veut exactement dire ce mot imprécis et flou, je suis souvent tentée de répondre que la spiritualité, c’est juste du vent. […] Mais en réalité, je crois que c’est du vent de façon plus littérale et même étymologique. »

Pneuma en grec, ruach en hébreu : le souffle, le vent, l’esprit

« Cette conscience du vide, en fait, n’est pas un langage de théologien. Ce n’est pas de la théologie, c’est un langage politique, un langage de combat politique qu’il nous faut mener aujourd’hui. Le propre de tout fondamentalisme qu’il nous faut combattre, c’est l’illusion de sa plénitude. »

« La laïcité, ce n’est pas un vide de religion dans l’espace public. Ce n’est pas un espace fermé ou interdit à la spiritualité. C’est au contraire un cadre qui garantit en principe qu’aucune religion en son sein n’y prendra tout l’espace. C’est une garantie de vide. »

« L’altération, c’est un processus d’altérité. La rencontre avec l’autre, c’est ça. Et l’éducation, c’est encore plus cela : une conscience de ce que l’on doit à l’autre dans ce qu’on est devenu, et la conscience qu’on est authentiquement soi uniquement quand on sait qu’on a en soi de l’autre qui nous permet d’être nous-même. »

Sur son mot préféré de la langue française, « altérer »

La séance

Un seul argument, construit en cinq gestes. La controverse d’abord : le Talmud où l’on débat sans conclure, et Hillel qui l’emporte parce que ses élèves savaient énoncer les arguments de Chammaï avant les leurs. La spiritualité ensuite, définie par l’étymologie : pneuma, ruach, et la première occurrence du souffle en Genèse 1, 2, « le souffle de Dieu frôlait la surface des eaux », jusqu’à l’image du ballon de baudruche : Dieu crée en l’homme un espace vide qui est la condition même de la vie. Le retournement enfin : le « vide spirituel » qu’on déplore est en réalité le cœur de toute spiritualité, le trop-plein de soi étant la signature du fondamentalisme ; et la laïcité, loin d’être une absence, est la promesse « d’un éternel insaturé ». La conclusion ramène tout à l’école : l’authenticité est une fiction, chacun de nous est le produit d’une altération, et l’éducation est la conscience de ce que l’on doit à l’autre.

Les textes étudiés