Les LueursPodcast13 avril 2025
Comment être nuancé dans un monde radicalisé ?
Jonathan Langlois · 1 h 5 min
Une heure d’entretien construite sur des phrases à compléter, tirées comme des cartes. Delphine Horvilleur y déplie une idée de l’identité comme phrase à trois petits points, un éloge de la transmission qui leste sans clouer au sol, et les limites qu’elle s’est données depuis deux ans : avec qui parler, avec qui ne plus parler.
« Quelqu’un qui ne se met pas en route et n’interroge pas son origine est en fait infidèle à sa tradition. Et c’est tout le paradoxe, c’est que parfois, c’est quand on interroge sa tradition qu’on y est vraiment fidèle. »
« Je me méfie de tous les discours de pureté, qu’ils soient politiques ou religieux. En fait, c’est toujours les discours des extrêmes et c’est toujours le fonds de commerce des fondamentalistes, quels qu’ils soient. […] Nos traditions religieuses sont vivantes parce qu’elles ont toujours été nourries de la rencontre avec d’autres mondes. […] Elles ont été contaminées, c’est-à-dire fertilisées par la rencontre. »
« Je crois que les récits et les histoires nous sauvent. […] La question qu’on doit toujours se poser, c’est : quelles sont, dans notre société, dans le moment qu’on vit, des histoires qui nous aident à grandir et quelles sont les histoires qui nous rendent tout petits ? »
« On ne peut rien choisir quand on ne nous a rien transmis. L’image qui me vient toujours à l’esprit, c’est celle d’une boîte à outils. On vous donne une boîte à outils, mais dedans, il n’y a pas d’outils. Donc, en fait, vous ne pouvez rien faire puisque votre boîte est vide. »
« Je les ai chargés de quelque chose, un poids particulier que j’ai posé sur leurs épaules, mais pas pour qu’ils soient cloués au sol […] mais presque comme un bateau. Aucun bateau n’avance s’il n’est pas lesté. »
« Ce qui nous fait, ce qui nous rend humains, et à mon avis, ce qui nous rend intéressants, c’est la possibilité du malentendu. […] Je dis un truc, mais peut-être que vous comprenez autre chose. Et la possibilité du malentendu, c’est ce qui crée la vraie conversation. »
La séance
L’émission avance par cartes à compléter. « Chacun peut subir ou choisir son identité, car… » ouvre le fil de l’identité : vivre comme une phrase à trois petits points, et le paradoxe des monothéismes où tout commence par une mise en route (Abraham qui ne revient pas, la sortie d’Égypte, l’hégire), à rebours d’Ulysse qui rentre à Ithaque. Puis « Dans mon dîner de ponts, j’inviterais… » : sa table de Shabbat toujours ouverte à des invités non juifs, le dialogue interreligieux qui ne devient intéressant que dans le désaccord, et la limite posée depuis le 7 octobre : plus de conversation avec qui nie le droit de l’autre à exister, dans toutes les directions. Enfin « être nuancé relève de… » : du courage, surtout de la responsabilité ; l’intranquillité revendiquée, le dibouk, et un exercice qu’elle propose : des débats où l’on défendrait le point de vue de l’autre.