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TenouaEntretien28 janvier 2025

« Projection » avec Guillaume Erner : la judéobsession

29 min

Premier épisode de la série « Projection » : Delphine Horvilleur inverse les rôles et interroge, images à l'appui, la voix des matins de France Culture. Autour de « Judéobsessions » (Flammarion), paru la semaine même : deux familles miroir du franco-judaïsme discret, l'omniprésence du mot « juif » dans l'actualité, la matrice du Protocole des sages de Sion, et ce qui ramène à la vie. Enregistré au lendemain des quatre-vingts ans de la libération d'Auschwitz.

Extraits

« Les rabbins, d'habitude, ils n'aiment pas trop les images. Le Shema Yisrael, c'est la prière des Juifs, qui est plutôt une histoire d'ouïe. »

En ouverture, au moment de proposer des images à un homme de radio

« On m'a dit plusieurs fois cette année : « Oh là là, qu'est-ce que vous êtes devenue juive ? » C'est quand même une phrase assez drôle à dire à un rabbin. »

« En bien des occasions ces dernières années, je me suis dit, et pardon pour cette métaphore […] à la fois culinaire, mais pas très cachère : qu'est-ce qu'on vient faire dans cette choucroute ? »

Sur l'omniprésence du mot « juif » dans l'actualité

« La question n'est pas tant de savoir si ces gens sont antisémites, mais il faut bien reconnaître qu'ils sont judéo-obsédés. »

Sa lecture du titre du livre

« J'ai écrit une pièce il y a quelques années. […] Le personnage respire et il dit : « C'est un véritable protocole des sages de la respiration. » […] Et je me rends compte, en écoutant la pièce jouée au théâtre, qu'il y a plein de gens qui ne comprennent pas la blague. »

Le Protocole des sages de Sion, si peu connu de la culture populaire

« En yiddish, il y a une expression qui dit qu'il faut chercher dans la vie a mekhaye, ce qui te ramène à la vie. Il y a des moments où on est écrasé par l'histoire ou l'obscurité. Il faut chercher ce qui nous ramène à la vie. »

Sa dernière question, « pas du tout faite pour les Ashkénazes »

La séance

Le dispositif de la série se pose dès ce premier épisode : des images comme déclencheurs. La conversation part de deux familles miroir : un franco-judaïsme israélite discret comme la cuisine ashkénaze, très français, très de gauche, dont Guillaume Erner date la fin. Il raconte son 7 octobre : l'oncle sous les roquettes à vingt kilomètres de Sderot, et la première fois en vingt ans de journalisme qu'on lui renvoie qu'il parle « en tant que Juif ». Défilent ensuite les images de la judéobsession : Attali en marionnettiste de Macron dans un dessin surgi des gilets jaunes, que la justice n'a pas voulu qualifier ; le « passe nazitaire » reproché à Agnès Buzyn ; la banderole Nazi Zionism brandie à la libération des otages. Erner y lit un topos médiéval dont le Protocole des sages de Sion, faux forgé en 1903 et seul document annexé à la charte du Hamas, reste la matrice ; il déroule la généalogie soviétique du vocabulaire antisioniste, le « dispositif pervers » décrit par Nathalie Heinich, et les deux mots neufs de son livre : le Juif normcore, devenu « terriblement normal » et rangé du côté du pouvoir, et le judéocène, d'après Andreas Malm. L'épisode se ferme sur une question yiddish et une réponse par Amos Oz, au lendemain des quatre-vingts ans de la libération d'Auschwitz.