Sermons sous les décombres · 8 octobre · Découvrir
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Atelier TenouaConférence23 mai 2023

Dieu est-il un bon conseiller conjugal ?

1 h 27 min

Un atelier de la saison des mariages, à la veille de Shavouot, ouvert comme une séance : « La thérapie va commencer. » Pourquoi deux kiddouch sous la houppa, pourquoi Pessach fiance et Shavouot marie, ce que le mot Baal dit de la jalousie, et le récit talmudique de Rabbi Meir et du crachat, retourné par le fantôme de Bruria, la plus érudite du Talmud.

Extraits

« Les rabbins, ils ne sont pas naïfs sur le couple. Ils l'expérimentent, ce couple, au quotidien. […] Ils savent qu'aucun couple ne vit d'amour et de téfiline fraîche. »

« Dieu aurait du mal à être un bon conseiller conjugal parce qu'il est beaucoup trop impliqué. En fait, il ne peut pas être à la fois l'époux et le thérapeute. […] Il y a là un conflit d'intérêt. »

Première réponse à la question du soir

« Quand on dit en hébreu Baali, ça veut dire mon mari. Mais littéralement, ça a à voir avec la racine du mot Baal, qui veut dire le propriétaire. Mon mari, littéralement en hébreu, c'est mon propriétaire. »

Le jeu de mots pivot de la séance

« Le jaloux, c'est celui qui croit qu'il peut posséder, celui qui s'imagine qu'il peut être Baal. »

Sur El Qanna, le « Dieu jaloux », et la racine de l'acquisition

« Le nom sacré, ineffable, est prêt à s'effacer littéralement alors que c'est un interdit halakhique suprême. […] Sauf […] pour faire venir le Shalom, comme si Dieu s'effaçait, diluait son honneur. »

La pointe du récit : la paix du foyer avant l'honneur divin

« Bruria, c'est une femme érudite, peut-être la plus érudite du Talmud. Elle a un prénom alors que les autres femmes du Talmud sont simplement les filles de quelqu'un ou les femmes de quelqu'un. »

Le fantôme du texte étudié : l'épouse de Rabbi Meir

« Qu'est-ce qui se passe au Moyen Âge ? On assassine Bruria en bonne et due forme, de façon dramatique. »

Sur la légende médiévale fabriquée contre l'érudition des femmes

La séance

La séance s'ouvre sur la question-titre, assumée racoleuse, et ses deux réponses faciles : le jardin d'Éden et le harem d'Abraham plaident non ; le Midrash du Dieu marieur, occupé depuis la création à apparier les couples, tâche « aussi difficile que de séparer les eaux de la mer Rouge », plaide oui. L'explication de rite donne la clé : les deux kiddouch du mariage juif, fiançailles et noces autrefois séparées, puis le calendrier lu comme épousailles, Pessach qui fiance (le Cantique des Cantiques en sérénade) et Shavouot qui marie, le Sinaï pour houppa et les Tables pour ketouba. Les téfilines s'enroulent comme une bague au doigt sur les mots d'Osée, champion de la métaphore conjugale et de sa crise de jalousie, où surgit le pivot : Baal, l'idole cananéenne qui est aussi le mari-propriétaire. La paracha de la semaine livre la sota des Nombres, les eaux amères et le parchemin dissous, le Cohen en premier thérapeute de couple. La havrouta étudie le midrash de Rabbi Meir et du crachat : la bougie éteinte, le mari furieux, les sept crachats au visage du sage, et la chute où Dieu accepte l'effacement de son nom pour ramener la paix dans un foyer. La reprise rejoue le texte en quatre actes, du kavod de la maison d'études au regard des voisines, avant le coup de théâtre : Bruria, l'érudite au prénom propre, que la légende médiévale suicide pour évincer les femmes de l'étude, et son mari relu comme le sage et le mari enragé à la fois. Le retour à Osée annonce le jour où l'on ne dira plus Baal mais compagnon, et la séance se ferme sur Yehuda Amichai : de l'endroit où nous avons raison ne poussent jamais de fleurs au printemps.

Les textes étudiés