Atelier TenouaConférence18 juin 2024
Deuil pour deuil : où trouver la consolation ?
1 h 39 min
Le dernier atelier de la saison 5784, donné le 18 juin 2024, entre la dissolution et les législatives. Du verre brisé du mariage à la déchirure de la kria, d’un midrash sur l’inconsolable Yohanan ben Zakaï à la dernière lettre de Stefan Zweig, une traversée du deuil personnel et du deuil politique, et de ce que la tradition juive sait faire du manque.
« La pensée juive pourrait être appelée un management de la perte : un art de gérer le manque, la brisure ou la faille. »
« On s’imagine que le propre d’un deuil bien fait, c’est de passer à autre chose. Le judaïsme, par ses rites et par ses mots, semble affirmer exactement l’inverse : attention, la trace ne disparaît pas, mais il te sera donné d’apprendre à vivre avec ce qui est rompu, et peut-être même de t’en vêtir pour continuer à habiter le monde. »
« Dans la plupart des langues, il n’y a pas de mot pour dire ce qu’on est quand on perd un enfant. En hébreu, il y a un mot : shakoul. On dit que la vigne dont on a coupé la grappe est shakoul, que la sève qui coule ne sait plus vers quel fruit aller. »
« Au lieu de parler de ce qui n’est plus, il change la focale et dit à l’endeuillé : ne regarde pas ce qui n’est plus, regarde ce qui fut. Regarde ce que cette vie a apporté dans le monde. »
« Le propre du deuil, c’est d’abord et avant tout de faire mourir la langue. Les mots ne parviennent plus à dire. Et tout l’enjeu devient de savoir comment dire quand les mots nous trahissent, comment réinventer une langue tordue ou abîmée. »
« Là où il n’y a plus d’hommes, efforce-toi d’en rester un, dit le Talmud. Je vous propose de nous promettre les uns aux autres de ne jamais, jamais faire le deuil de cette humanité en nous. »
La séance
L’atelier déroule d’abord l’année 5784 fête par fête, de Kippour au 7 octobre tombé le jour de Simhat Torah, de Hanouka à Pourim, de Pâque célébrée pendant que des otages restent aux portes de l’Égypte à Chavouot. Puis le deuil dans la tradition : le verre brisé du mariage, la kria qui déchire le vêtement, les miroirs couverts et les revenants, la shiva, les psaumes comme script offert à ceux qui ne trouvent plus les mots, et l’étymologie de la consolation, cum solus, être avec celui qui est seul. En havrouta, le midrash des Pirké de Rabbi Nathan : quatre sages consolent violemment l’inconsolable Yohanan ben Zakaï, avant que Rabbi Elazar ne change la focale. Enfin le virage politique du 18 juin 2024 : le psaume 121 lu par les kabbalistes, l’alliance verticale d’Arendt, Yerushalmi et Trom, la dernière lettre de Zweig vue à la Bibliothèque nationale d’Israël, La Disparition de Perec écrite sans E, sans eux, et le conte de la récolte empoisonnée de Rabbi Nachman : quel signe placer sur nos fronts pour traverser la folie sans faire le deuil de notre humanité.