Sermons sous les décombres · 8 octobre · Découvrir
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Atelier TenouaConférence14 juin 2022

Dieu a-t-il une bonne excuse ? Petite réflexion juive sur le doute

1 h 17 min

La séance de clôture de la saison 5782, ouverte sous la mémoire d'A. B. Yehoshua, disparu le jour même. Sous un titre emprunté à Woody Allen, un cours de théologie juive du doute autour du plus célèbre hérétique du Talmud : Elisha ben Abouya, devenu Aher, l'Autre. Du four d'Akhnaï à l'enfant tombé de l'arbre, ce que la tradition redoute vraiment, et ce que le yad, la main de lecture, met en acte.

Extraits

« Apprends à t'arracher du sens littéral pour ne pas t'arracher de ce monde. »

Le message des rabbins au lecteur, à travers le personnage d'Aher

« Les rabbins produisent […] une sorte de révolution théologique qu'on pourrait appeler une théologie juive de la 'houtspa, du culot […] qui consiste […] à dire à Dieu : Reste là où tu es, dans des hauteurs sublimes, et laisse-nous habiter le monde et interpréter le texte. »

Sa lecture du four d'Akhnaï, et du Dieu qui rit de s'être fait rembarrer

« Le midrash va interpréter cette phrase des prophètes de la façon suivante en disant : Dieu dit aux Juifs : Moi, vous pouvez m'abandonner. Ça n'a aucune importance tant que vous n'abandonnez pas ma Torah. »

Sur la prière du retour de la Torah à l'arche

« Au pied d'un arbre, quelque part en Israël, au détour du premier siècle ou du deuxième de notre ère, il y a un enfant qui meurt. Et avec lui, meurt ou s'écrase au sol le sens littéral du texte, le sens littéral de la loi. »

La scène de Kiddouchin 39b, dont Aher aurait été témoin

« Le judaïsme rabbinique n'a pas de problème avec la remise en question de Dieu et de son pouvoir, mais il a un problème avec les racines arrachées, c'est-à-dire avec la peur et l'angoisse du retour impossible. […] Il n'y a rien de plus dangereux que de croire qu'un retour est impossible, pour toi ou pour des générations à venir. »

La thèse de la séance

« On ne lit jamais le texte de la Torah, jamais directement avec le doigt, jamais en contact direct. On pose toujours entre le texte et nous un objet […] C'est comme si cet objet venait raconter mieux que personne l'interdit juif de la lecture littérale. »

L'objet de conclusion : le yad, la main de lecture

« En hébreu, Dieu s'appelle peut-être. Et je suis sûre, en fait, je n'ai aucun doute qu'en ce Dieu-là, chacun de nous peut croire peut-être. »

La chute : Éli, l'un des noms de Dieu, se lit aussi oulaï, peut-être

La séance

La séance s'ouvre sur un hommage : A. B. Yehoshua est mort le jour même, et l'étude est placée sous sa bénédiction. Le titre, emprunté à Woody Allen, assume l'humour juif comme véhicule traditionnel du reproche adressé à Dieu, du réservoir des blagues du shtetl à Élie Wiesel et son image du couple en crise qui ne peut pas divorcer. Le four d'Akhnaï pose la théologie du culot : la Torah n'est pas aux cieux, et Dieu rit de s'être fait rembarrer ; Henri Atlan nomme cela un athéisme de l'écriture. Puis le héros du soir : Elisha ben Abouya, né en 70 sur les cendres du Temple, maître de Rabbi Meir, ami de Rabbi Akiva supplicié sous Bar Kokhba, seul sage du Talmud affublé d'un pseudonyme, Aher, l'Autre, celui qui au jardin du Pardès arrache les racines. La havrouta étudie les deux seules mitsvot à promesse de longue vie (honorer ses parents, renvoyer la mère du nid) puis les deux scènes de sa déviation : l'enfant qui les accomplit toutes deux et meurt en tombant de l'arbre, et la langue d'un martyr traînée dans la poussière. Les restitutions tissent le traumatisme et la langue, le bégaiement du dernier enfant, le frère caché dans le nom d'Aher. Le déroulé replace tout dans le calendrier, entre Shavouot et Tisha b'Av : comment le Dieu qui a ouvert la mer n'a pas sauvé sa propre maison. Le vrai problème des rabbins n'est pas le doute mais la certitude du retour impossible ; la preuve, ils n'effacent jamais Aher du Talmud. La clôture passe par le yad, l'objet qui interdit la lecture au doigt, et par les lettres d'Éli qui se lisent aussi oulaï : peut-être.

Les textes étudiés