Atelier TenouaConférence18 avril 2023
Le Kaddish : secret d’une prière
1 h 29 min
Un atelier enregistré au soir de Yom HaShoah, au retour de la lecture des noms au Mémorial. Pourquoi cette prière que l’on dit à tort « prière des morts », qui ne parle jamais de la mort, est-elle devenue la plus sacrée aux yeux de tant de Juifs, croyants ou non ? Une enquête qui va du Lévitique à Leonard Cohen, d’une légende de Rabbi Akiva au secret de Ne’ila.
« En l’espace de vingt-quatre heures, on parvient à lire seulement la moitié des noms des déportés juifs de France. […] C’est d’une certaine manière la plus longue prière de l’année juive, une prière sans mots, sans liturgie hébraïque, une prière de descendants, d’héritiers, de survivants qui se souviennent. »
« Le kaddish, qu’on appelle à tort la prière des morts. Pourquoi à tort ? Parce que le kaddish ne parle absolument pas de mort. Il ne parle pas de décès, il ne parle pas de deuil, il ne parle pas de mourant. »
« Ce n’est pas tout à fait un hasard que ça sonne comme abracadabra : et le kaddish et abracadabra sont des mots en araméen. Abracadabra, ça veut dire « il a fait comme il a dit ». C’est la parole performative en araméen. »
« Rien n’honore les morts mieux que la parole des vivants et que la possibilité pour cette parole de se transformer en acte. »
« Le secret du kaddish, c’est le secret de la grandeur humaine qui perçoit qu’elle est capable de survivre aux pires catastrophes et de composer avec l’apparente absence du divin. […] Le kaddish, c’est la prière de la continuité juive, ou peut-être de la continuité tout court. »
« Il n’est pas rare, dans le monde ashkénaze, d’entendre quelqu’un vous présenter son enfant en disant : « Tiens, je te présente mon kaddish. » […] Et il n’y a pas besoin d’être parent pour se choisir un kaddish : on place dans le monde des êtres, des œuvres, des écrits qui seront un jour nos kaddish. »
La séance
L’atelier s’ouvre au retour du Mémorial : la lecture ininterrompue des noms, et le souvenir de Marceline Loridan-Ivens lisant les noms de son propre convoi jusqu’au sien. Puis trois traces du kaddish dans la culture : Simone Veil demandant un kaddish sur sa tombe, Leonard Cohen traduisant Yitgadal veYitkadash dans You Want It Darker, et Rocky récitant le kaddish pour son entraîneur. L’enquête remonte au verset du Lévitique et à la racine de kadosh, au minyan, aux kaddish qui ponctuent l’office comme des respirations, à l’araméen que même les anges ne comprennent pas. Vient la légende de Rabbi Akiva et du damné sans fils, étudiée en havrouta, puis la clé : à Ne’ila comme dans le kaddish, l’assemblée répond à l’officiant comme le peuple répondait au grand prêtre au Temple. Depuis la destruction, ces réponses jouent le retour d’une présence éclipsée. L’atelier se ferme sur les onze mois du deuil, l’enfant qu’on appelle « mon kaddish », et le kaddish littéraire d’Isaac Bashevis Singer recevant son Nobel en yiddish.