Sermons sous les décombres · 8 octobre · Découvrir
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Atelier TenouaConférence7 octobre 2024

Un an après : peut-on penser, panser nos douleurs ?

1 h 21 min

La séance de rentrée de l'atelier, tenue au MK2 Bibliothèque le soir même du premier anniversaire du 7 octobre : une commémoration construite comme un cours. Du recueillement les yeux ouverts au lancement du livre « À l'ombre de l'art », d'un enseignement sur les sonneries du shofar aux lectures de Roch Hachana étudiées en havrouta, une traversée de ce que la tradition juive sait faire des pleurs, des brisures et de la nuit.

Extraits

« Il fut soir et il fut matin : ça suggère qu'on ne peut pas voir apparaître un nouveau jour si on n'est pas capable d'abord de traverser ensemble la nuit. »

Pourquoi l'année juive ne commence pas par le récit de la Création

« Il arrive dans nos vies que nous nous croyons solides, stables, forts. Et puis surgissent des événements qui peuvent briser la tekia en un certain nombre de shevarim, de brisures. […] L'espoir du retour d'une forme de stabilité, certes vulnérable […] comme une tekia guedola, un souffle qui se prolonge malgré la tragédie. »

La lecture mystique des sonneries du shofar, jouées en direct

« Imaginez un instant que les lettres, c'est-à-dire nos mots et nos textes, puissent constituer un mamad, un refuge, un abri. […] Le texte a été un refuge, l'étude a été un refuge. »

Après le poème « Mamad » d'Agi Mishol

« Khèt en hébreu, littéralement, c'est l'action de tirer à l'arc et de rater la cible. […] Une faute, c'est le fait d'avoir visé un lieu que vous n'avez pas su atteindre. »

Parenthèse née de la havrouta, sur l'arc d'Ismaël

« Il faut se méfier des gens qui n'ont pas de problème, me semble-t-il, avec ces théologies. »

Sur les théologies de plans divins et de punitions, depuis le 7 octobre

« Le récit biblique commence avec le pleur de l'autre […] les pleurs d'une mère, aussi étrangère soit-elle, ressemblent aux pleurs de n'importe quelle autre mère. »

Sur Genèse 21, lue au premier jour de Roch Hachana

La séance

La séance s'ouvre sur les évidences renversées de l'année écoulée, puis sur un recueillement les yeux ouverts : les visages des otages, kidnappés trois cent soixante-cinq jours plus tôt, sur un chant hébreu inédit. Vient l'histoire d'Alex Dancyg, historien de Nir Oz assassiné en captivité, qui donnait des cours d'histoire aux autres otages, et le dessin-plan du kibboutz par l'un de ses fils : l'œuvre de ceux qui n'ont plus de mots. Le livre « À l'ombre de l'art », publié le jour même au profit des familles d'otages, répond à cette défaillance du langage, du dessin prophétique d'un soldat-artiste de vingt-deux ans au poème « Mamad » d'Agi Mishol : les lettres comme abri. Suit un enseignement sur le shofar : tekia, shevarim, terouah, la stabilité brisée en morceaux puis en poussière, et la tekia guedola comme espoir d'un souffle qui dure. La havrouta étudie les deux lectures de Roch Hachana : le renvoi d'Agar et Ismaël au désert (Genèse 21) et, par le midrash Pirké de-Rabbi Eliézer, la mort de Sarah aux trois sanglots, origine du shofar. Les restitutions mènent au khèt (rater la cible), aux théologies en crise, au verset du soir et du matin, au mot guèr et aux mères de la liturgie : Agar, Sarah, Hannah, Rachel qui pleure ses enfants dans Jérémie, et Rachel Goldberg-Polin, dont la dignité donne désormais ses traits à la Rachel biblique. La clôture passe par le traumatisme intergénérationnel d'Abraham, le poème des trois fils de Yehuda Amichai, l'art qui projette (un dessinateur imaginant Kfir Bibas à quatre-vingts ans), un message de la chanteuse Noa, et le chant d'un chœur de familles endeuillées.